Yvoire  « cité médiévale du XIVème siècle »  

 

Yvoire au 14° siècle

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Le plan du village et l’emplacement de ses rues datent en effet du début du XIVème siècle, mais Yvoire existait longtemps avant cette époque. Le nom Yvoire vient d’un mot celte EVA qui signifie eau et a donné son nom à Evian et aussi à un petit ruisseau entre Yvoire et Thonon : le Vion évolution d’Evion.  évolution d’Evion. Yvoire est dit en patois Evaire et est traduit en latin dans les documents anciens et sur les cartes par Aquaria.

Car Yvoire sur sa pointe qui s’avance dans le lac et marque sur la côte savoyarde la limite entre le Grand Lac et le Petit Lac, est environné par l’eau plus que par la terre. Depuis toujours une partie de la population a vécu de la terre et une autre du lac, soit de la pêche, soit des transports par bateaux autrefois plus importants que par la voie de terre.

 

Le château est construit à l’emplacement d’un ancien cimetière qui daterait de la première époque Burgonde (5ème siècle) et , a l’extérieur du village un autre cimetière a fait l’objet de fouilles récentes (1987), il aurait été utilisé entre le 3ème et le 8ème siècle. Mais soit sur la rive même du lac, soit sur le plateau un peu en arrière, il est certain que de toute cette région a été habitée dès l’époque néolithique, par les Allobroges à l’âge du bronze et a l’âge du fer, enfin à l’époque gallo-romaine au début de notre ère après la conquête romaine.

 

Entre le premier royaume Burgonde (5ème siècle) et le second (10ème siècle) c’est l’époque « barbare » dont aucun document écrit ne nous est parvenu. C’est aussi la naissance de la féodalité où des seigneurs locaux imposent leur autorité à une population à la vie précaire frappée par une très importante mortalité. Construisant des châteaux dans les sites favorables, ils se chargent de défendre les habitants et de rendre justice en échange de leur soumission, de la fourniture de redevances en nature et de services divers.

 

L’Église avec ses évêchés - ici celui de Genève – ou ses abbayes et ses prieurés imbriqués entre les diverses seigneuries, essaie de maintenir la paix, sa mission temporelle de toujours.

 

Mais la Savoie actuelle n'hésite pas encore.

 

Tout le pays fait théoriquement partie de l'Empire Romain Germanique, dont l'autorité lointaine ne se fait guère sentir. Au 11° siècle Humbert aux Blanches Mains déjà comte de Maurienne et du Val d’Aoste et qui avait rendu des services à l’empereur tente d’agrandir ses possessions, et c’est sa famille qui, poursuivant la même politique pendant des générations, fondera l’État de la Sapaudia, nom latin qui a donné la Savoie. Son autorité s’étendra d’abord sur la région de l’actuel Bas-Valais, depuis l’amont de Martigny jusqu’au Léman et à Vevey : c’est  « Tête du Lac » en latin « Caput Laci » devenu « Caplatia », « Chablauï » puis Chablais. Le Chablais - Le Vieux Chablais -  s’étend jusqu’à la Dranse, puis peu à peu sur toute la plaine de Thonon jusqu’aux abords de Genève.  

 

A Yvoire en 1306, les Compey ne sont plus représentés que par deux jeunes orphelins sous la tutelle d’un oncle âgé, ecclésiastique. Estimant à juste titre qu’ils ne sauraient certainement pas se défendre en cas d’attaque en tenaille par les troupes du dauphin qui couperaient Yvoire de l’arrière-pays, considérant d’autre part l’importance de la position d’Yvoire pour la surveillance du lac, le Comte  de Savoie Amédée V le Grand, par un acte du 29 août 1306 échange avec les Compey la seigneurie d’Yvoire contre la maison forte de la Chapelle-Marin sur la rive droite de la Dranse et la Mestralie de Thonon avec divers avantages dans les environs.  

 

Immédiatement  le châtelain Antoine Girod qui a reçu tous les pouvoirs du Comte de Savoie s’installe en force à Yvoire. Rovorée est détruit l’année suivante et la construction du château et des remparts est poursuivie sans relâche pendant une dizaine d’années au moins. Le plan du village n’a pas changé depuis cette époque.  

 

Comment se présente-t-il ?  

 

-A l’extérieur un rempart s’appuyant sur le lac aux deux extrémités est percé de deux portes surmontées d’une tour fortifiée, avec une tour plus petite à mi-distance entre les portes. Le tout ceinturé d’un fossé franchi par deux ponts roulants. Il n’existe pas alors de route contournant le village, la route de traverse, les deux portes fortifiées comandant le passage .

 

-A l’intérieur de ce rempart, le village dont les rues débouchent toutes sur la place de l’Église : tracé toujours actuel nous l’avons dit.  

 

-Sur la pointe et dominant le lac, le château est séparé du village par un large fossé de défense que franchit un pont-levis. C’est une tour massive rectangulaire de 25m x 15m destinée à abriter une nombreuse garnison. L’épaisseur des murs de 3 mètres  dans les fondations diminue à chaque étage et mesure 90 cm au dernier étage. Un toit à quatre pans et quatre échauguettes le couronnent. Des hourds, sorte de mâchicoulis en bois démontables, peuvent être aménagés au dernier étage pur surplomber les assaillants qui auraient pris pied dans l’enceinte.  

 

D’autres bâtiments moins hauts, aujourd’hui disparus, complètent la défense du côté du lac.

Les troupes du dauphin attaquent Yvoire à multiples reprises. Le rempart partiellement détruit derrière l’église est reconstruit immédiatement.  

 

Le 2 mars 1324, le Comte Édouard de Savoie accorde à Yvoire ses premières franchises, comme il l’a déjà fait pour d’autres villes fortes afin de s’assurer de la fidélité des habitants. Ces franchise nous apprennent beaucoup de choses sur le village, les coutumes des habitants et celle de l’époque en général. Il est dit notamment que »tout habitant et résidant de la dite ville d’Yvoire publiquement et pendant une année et un jour sans réclamation du seigneur sera de ce fait bourgeois de cette ville ».  

 

En 1348-1349 l’épidémie de la grand peste venue d’Orient avec des caravanes et qui fut générale et terriblement meurtrière – on estime les morts à la moitié de la population – n’épargna pas Yvoire.  

 

En 1355, peut-être assagis par  cette calamité, sous l’égide du roi de France le comte de Savoie Amédée VI dit le comte Vert et le dauphin font la paix et échangent leurs possessions enclavées : le comte de  Savoie abandonne ses terres du Viennois et le dauphin lui cède le Faucigny qui devient dons Savoyard.  

 

Le rôle militaire d’Yvoire est très diminué.

 

La guerre de Cent ans en France n’aura pas de retentissement en Chablais et la vie du village sera paisible jusqu’en 1536.  

 

A cette date les Bernois passés à la Réforme s’emparent du Pays de Vaud, du Pays de Gex et passant par Genève envahissent le Chablais jusqu’à Thonon. Ils y imposent la nouvelle religion. Ils occupent le pays pendant  28 ans mais en 1564  par la suite de revers guerriers sur d’autres théâtres ils doivent le rendre au duc de Savoie. Cependant  il est stipulé que la religion réformée sera respectée. Les pasteurs resterons donc en place.  

 

La guerre reprend en 1589 : Yvoire défendu par 50 hommes seulement se rend au bout de quelques heures devant une armée française de 2 000 hommes renforcée d’importants contingents de Genève et de Berne. Évacuation et reconquête l’année suivante avant le départ définitif des troupes ennemies en 1591. Mais avant  de quitter Yvoire les Bernois brûlent le château et découronnent le rempart et les tours des portes d’entrée.  

 

Le duc de Savoie veut alors – c’était ainsi partout  à l’époque – ramener le Chablais à la religion catholique. Mais la population , échaudée par les occupations alternées précédentes, ne marque nul entraînement à suivre les missionnaires. C’est alors que François de Sales, prévôt du chapitre du diocèse de Genève replié à Annecy, se propose de tenter cette conversion. Il  ne se décourage pas malgré des débuts difficiles. Le succès couronne enfin ses efforts. Ainsi que l’ont fait les autres paroisses du Chablais, les Habitants d’Yvoire se rendirent en masse à Thonon pour la cérémonie d ‘abjuration le 19 octobre 1598.  

 

Devenu ensuite évêque « de Genève » résidant à Annecy, François de Sales visitera aux moins deux fois la paroisse d’Yvoire, visites dont le compte-rendu a été gardé.  

 

Le village connut par la suite les guerres et les occupations du 17ème et du 18ème siècle selon les alliances historiques du moment, mais sans les dommages précédents. Petit à petit le village se transforme. Le fossé extérieur est partiellement comblé et la route contournant le village est construite vers le début du 18ème siècle.  

 

le cadastre d'Yvoire en 1738

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Les troupes françaises de la révolution entrèrent en Savoie le 22 septembre 1792 et le pays fut annexé par la France jusqu’en 1814. Il ne semble pas que beaucoup d’hommes mariés et pères de famille étant en effet exemptés de la conscription il se fit de nombreux mariages. Il en résulte un accroissement important de la population qui vers 1840 atteignit près de 600 âmes, vivant à l’étroit à l’intérieur des remparts avec leurs animaux : les vaches, les gens à l’étage, les épis de maïs sont suspendus au-dessus de la galerie à la rampe ouvragée où  l’on accède par un escalier extérieur.  

 

Le lac fait vivre aussi, difficilement, les pêcheurs qui suspendent leurs filets sur des cadres au bord du lac. Les agriculteurs travaillent le jour et les pêcheurs surtout la nuit, ce qui, joint à la promiscuité et à la vie rude des uns et des autres crée des divisions dans le village.  

 

En 1860, comme toute la Savoie, Yvoire devient définitivement français et les morts des deux guerres sont gravés sur son monument  aux morts.  

   

Yvoire n'émergera que lentement de sa pauvreté et ce n'est qu'à partir de 1950, avec l'apparition du tourisme de masse, qu'un bouleversement sans précédent s'opérera. Quelques habitants prirent conscience de la chance qu'ils avaient de vivre dans ces maisons de pierre aux balcons branlants, incrustés dans ces remparts séculaires et autour de cet important château.

  

L’opération de restauration devenait une opération de survie. Les pierres retrouvant leur noblesse naturelle se garnirent de fleurs, d’abord parcimonieusement puis en gerbes de plus en plus imposantes. Yvoire est parmi les villages les plus fleuris de France. En quelques années ce modeste village de pêcheurs et de petits cultivateurs est devenu un haut-lieu du tourisme international.  

 

Du tourisme, le village sait prendre le meilleur. Mais il sait également conserver son âme. Ce n’est ni un village-musée, ni un village mort. Vous trouverez dans ses mur un boulanger, des épiceries, un bureau de tabac, un médecin et pratiquement tous les corps de métiers.  

 

Yvoire a su conserver un charme discret, tout en répondant aux besoins et à la demande du tourisme. Si, quittant  le rues centrales et leurs commerces, vous vous aventurez dans l’une des ruelles qui serpentent au pied de l’église et du château, vous y verrez un village intact, « indemne » de tourisme pour reprendre une image célèbre.